vendredi 21 janvier 2011

LE PLAGIAT OU L'UTILITE DU NEGRE

Patrick Plagiat D’arvor

Le plagiat, dont se serait rendu coupable l’ex présentateur vedette de TF1, reste révélateur de notre époque, dans la mesure où il souligne le triomphe de l’apparence, la cupidité de notre époque, le corporatisme dans lequel nous nous enfermons un peu plus chaque jour, le déni de responsabilité individuelle. Autant de conséquences fâcheuses pour  un crime répandu et banal de nos jours. 
Patrick Poivre D’Arvor aurait donc, selon l’enquête de l’hebdomadaire L’Express[1], plagié habilement  des pages entières de l’ouvrage, paru en 1985, de Peter GRIFFIN, consacré à la vie du journaliste – écrivain américain Ernest HEMINGWAY pour la publication de son prochain livre, HEMINGWAY, la vie jusqu’à l’excès. [2]

Le triomphe de l’apparence.

Même si le plagiat n’est pas nouveau, les nouvelles technologies l’ont rendu plus aisé. Un simple clic (un « copier coller ») remplacera les longues heures, passées à recopier les œuvres de tel ou tel écrivain. Le phénomène s’est fortement accru, atteignant, d’une manière inquiétante, les milieux universitaires[3], et le monde de l’édition n’échappe pas à cette progression.
Il ne nous appartient pas de juger « notre » PPDA national, mais nous avons du mal à comprendre l’ex animateur d’Ex libris[4] afficher autant de mépris pour l’un de ceux, qu’il passa des années à défendre : un auteur.   Patrick Poivre D’Arvor, par ses émissions, ses interviews, ses écrits, a toujours affiché un attachement particulier à la littérature, et dans l’imaginaire collectif, il est des personnages, que les bibliophiles se doivent de connaître, voire de « vénérer ». Ce n’est pas le cas (malheureusement pour lui) de Peter GRIFFIN, mais Ernest HEMINGWAY fait partie incontestablement de ces figures emblématiques, que l’on doit avoir lu, et dont on doit connaître sa vie et son œuvre. On peut s’opposer à cette culture imposée, ces « classiques » ou « chefs d’œuvre » définis, mais on ne peut nier leur existence.
Quel que soit l’avis de P.P.D.A. sur le sujet, force est de constater qu’il s’est tenté à cette biographie. Pourtant, existe-t-il de nouveaux éléments à connaître sur la vie d’Hemingway, qui a déjà fait l’objet de plusieurs dizaines de biographies ? Probablement pas, tout au plus une interprétation et une vision personnelle de la vie du génial américain. Alors, quand on apprend, que cette vision personnelle n’est qu’un plagiat…on est désarçonné. Pour rester dans la course, et ressembler à un écrivain s’intéressant à son temps – et donc à la culture de son époque -, il se devait de nous proposer une biographie d’un grand , et il décida donc de consacrer son ouvrage au prix Nobel de la littérature 1954. C’est ainsi, que Patrick Poivre D’Arvor décida de placer l’année 2011 pour marquer son attachement au monde des Livres….

La cupidité de notre époque.

L’écriture n’est pas un métier, que l’on décide d’exercer pour gagner sa vie. Non seulement les motivations semblent bien plus profondes que cet appât du gain, mais la destinée d’un roman, ou d’une nouvelle, n’est connue de personne,  mis à part lorsque l’on possède déjà un nom. En effet, comme pour les classiques et les chefs d’œuvre, il est désormais reconnu, qu’un écrivain, ayant déjà connu le succès, ou toute autre personnalité de premier plan – même si elle est totalement étrangère au monde de la littérature – connaîtra des ventes conséquentes, si il récidive en publiant un nouvel ouvrage. Cet axiome de la littérature ne s’explique pas par les vertus intrinsèques de l’auteur ou de l’ouvrage, mais se constate.
Ainsi, même si il nous avait narré l’existence du fondateur d’une communauté bretonne, Patrick Poivre D’Arvor aurait réussi à vendre son livre par sa seule signature, tout en nous donnant l’occasion de partager sa passion bretonne.  Alors, dès lors qu’il s’intéresse à l’auteur du Viel Homme et la Mer  , il prenait  encore moins de risques, conjuguant à sa renommée  un sujet (dé) reconnu – et par conséquent déjà étudié -. On ne peut pas soupçonner – mais, peut-être sommes nous trop naïf ? – le célèbre présentateur d’écrire un livre pour des raisons « alimentaires ». Sa cupidité se situe alors à un autre niveau, celle de la notoriété, qu’il avait déjà eu tant de mal à perdre [5]. Par cette biographie, Patrick Poivre D’Arvor avait, n’en doutons pas, un but : celui de redorer son blason, celui d’amoureux des lettres et de fin lettré. C’est cette cupidité, qui peut rendre aveugle.

Le corporatisme ambiant.


Lors de ce genre de révélations, on découvre, avec effarement, les us et coutumes de milieu, inconnu du grand public. Si on ne s’étonne pas (plus), que les maisons d’édition envoient de nombreux exemplaires des ouvrages à paraître aux journalistes, on s’émeut (à peine), que ces mêmes récipiendaires aient pour mission d’émettre un avis sur un écrit, qui rejoindra leur bibliothèque (impressionnante) constitué au fur et à mesure des années. Nous considérons, même si les Institutions en question ont réussi le tour de force de faire rentrer cet état de fait dans les mœurs, ces envois comme faussant les règles du jeu ; l’examinateur recevant de l’examiné un cadeau. Certes, nous ne parlons pas ici d’examens ou de diplômes, mais d’un bien plus précieux encore : le sésame de ventes prometteuses : une critique.
Bien plus grave encore, nous apprenons les us et coutumes, régissant l’existence des nègres. Nous connaissions leur existence, tout en rejetant la réalité au fond de notre mémoire. Nos auteurs préférés récolteraient la gloire à la place d’obscurs écrivains de l’ombre. Intolérable, cette réalité existe depuis que l’Homme s’est exercé à l’écriture. A l’occasion de cette affaire « Patrick Plagiat d’Arvor », on apprend ce qui nous est présenté comme commun à l’édition. La société d’édition, tenant un bon sujet – en l’occurrence, la vie inexplorée et inconnue d’un des plus méconnus auteurs américains , un véritable scoop – chargera un nègre de l’écrire, et à une personnalité d’y apposer sa signature. L’histoire ne dit pas la répartition des dividendes d’une telle supercherie, même si au niveau de la notoriété, la « célébrité «  ne pourra être que louée pour sa perspicacité, sa clairvoyance.
Ne doutons pas, qu’en cas de plébiscite par les lecteurs, le nègre sera justement récompensé par…l’opportunité de signer un nouvel ouvrage pour une seconde célébrité.

Pas de responsables….


Lorsque l’affaire fut révélée en début d’année, les chroniqueurs et autres journalistes multiplièrent indignations et colère face à certains de leurs confrères, qui, eux, « légitimaient » ces pratiques négrières, voire comprenaient ces usages incessants du « copier coller »….
Les explications de l’éditeur, d’une part, et de l’auteur, dans un second temps, n’ont convaincu personne tant elles étaient sans force ni conviction. Se sachant « pris la main dans le sac », tous savaient qu’il fallait non pas assumer mais au moins calmer les esprits le temps que la tempête médiatique passe.[6]  Certains arguments furent contredits en l’espace de quelques minutes, et on ne comprenait plus la ligne de conduite ni de la société ARTHAUD, ni même de l’ex présentateur. Essayer de faire croire, qu’une édition de travail aurait été imprimé à plusieurs milliers d’exemplaires, dont certains ont été dédicacés par l’auteur, n’est qu’un premier jet et ne ressemblera en rien à l’ouvrage amené à paraître quelques semaines plus tard…fut un échec.
Patrick Poivre D’Arvor, si il n’est pas « plus coupable que les autres », s’est fait prendre à son propre jeu, en donnant, depuis des années, une image d’intégrité, de sérieux et d’honnêteté. On croyait les supercheries oubliées, et voilà, qu’il est accusé du plus odieux des crimes pour un écrivain :le plagiat. Ses nombreux « amis » se sont empressés alors de nous montrer le véritable crime : avoir eu recours à un nègre…La défense fut à la hauteur de la rareté des faits : nulle. Tant le phénomène semble répandu, il semble que les éditeurs et les auteurs ne se sentent plus coupables, ne cherchant donc plus à se justifier. C’est en cela, que l’affaire en est triste et symptomatique de notre époque…





[1] Patrick Plagiat D’Arvor. DUPUIS Jérome. L’Express.
[2] Hemingway, la vie jusqu’à l’excès. Patrick Poivre d’Arvor. Paris. Arthaud. 2011.
[3] On se reportera au blog de Jean – Noël DARDE http://archeologie-copier-coller.com
[4] L’émission littéraire Ex Libris fut diffusée de 1988 à 1999, avant d’être remplacée par Vol de nuit. , présenté par le même Patrick Poivre D’Arvor.
[5] Demain. En chemin vers la liberté. Patrick Poivre d’Arvor.  Paris. 2008. Fayard. 254 p..Réaction de P.P.D.A. lors de son éviction du journal de 20h00
[6] Le soir de la révélation, le JT de TF1, ne révéla rien concernant l’affaire.

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